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Les Gennevillois et la Commune, quelle participation ?

Dans son livre « La guerre de 1870 et la Commune dans la banlieue ouest », Henri Lecourtois a rassemblé certains documents qui sont autant de pistes à examiner de près pour tenter de répondre à cette question.

Dans quelle mesure les habitants de la banlieue ouest, dont ceux de Gennevilliers, ont-ils participé au mouvement fédéré ? S’il est sans doute difficile de trancher sur cette question, il paraît en tout cas important de verser au débat les pièces disponibles. Or, Henri Lecourtois en propose plusieurs dans son livre, sur lesquelles il s’appuie pour affirmer que, selon lui, cette participation est loin d’avoir été négligeable. Une page est ainsi consacrée à la présentation de ces différents documents, et aux arguments qui en découlent, en faveur de cette participation 

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Quatre arguments de dégagent :

1) Les Versaillais multiplient les perquisitions auprès de la population afin de leur faire rendre les armes qu’elle détient. Cela sous-entend qu’ils craignent que ces armes ne soient utilisées contre eux, et du reste, ils n’obtiennent pas des habitants qu’ils s’exécutent.

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2) un document fait état de la condamnation (déportation) par un Conseil de Guerre versaillais, pour insurrection, d’un habitant de Levallois. En tout, 53 habitants de cette commune connurent le même sort, selon les archives municipales .

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3) Plus de 6 mois après la Semaine sanglante, des troupes versaillaises, qui stationnaient encore dans la presqu’île de Gennevilliers, étaient quotidiennement l’objet d’insultes et d’agressions de la part des habitants

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4) une réception fut organisée en 1879 pour le retour des Amnistiés du Canton de Courbevoie (comprenant à l’époque sept communes : Asnières, Colombes, Courbevoie, Gennevilliers, Nanterre, Puteaux et Suresnes). Une telle manifestation suppose qu’ils étaient assez nombreux et il s’agissait bien là d’habitants de banlieue qui, pour avoir pris part à des événements insurrectionnels, avaient été condamnés à la déportation (dont Jean Roque de Fillol, maire de Puteaux, voir plus bas).

Voir Doc 4 ci-dessous

A propos de ce dernier document, quelques recherches nous ont permis de retrouver un article d’un journal de l’époque « Le Petit Moniteur universel », qui relate cette réception, et précise le nombre des amnistiés : une vingtaine à cette date.

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A lire ledit article, on perçoit bien l’orientation de ce journal, anticommunard : le journaliste exerce sa verve autant qu’il peut pour tourner l’ensemble de l’assemblée en ridicule. L’ambiance n’a pas l’air triste, certes, mais pourquoi la serait-elle pour fêter un pareil retour ?!

Henri Lecourtois tenait manifestement  à ce que ces faits témoignant d’une réelle participation de banlieusards, et en particulier de Gennevillois aux événements insurrectionnels de cette période soient connus et reconnus. Ainsi, on peut retrouver dans son autre ouvrage, “Lieux-dits, rues et chemins de Gennevilliers et La Garenne” ces mêmes arguments, dont certains y sont d’ailleurs plus développés, sans toutefois que les pièces elles-mêmes soient jointes à la démonstration.

Il s’agit principalement des deux dernières pages ,

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(lire notamment à partir du bas de la 1ère colonne, page numérotée 157: “Trente-cinq années plus tard c’était cette fois la classe ouvrière qui assurait en cette mairie la gestion de la ville devenue ouvrière.( …) Il y eut donc, insiste l’auteur, “des ratissades, des fusillades et des déportations” (p. 158)

Mais cette attitude rebelle, cet état d’esprit avancé, les Gennevillois, selon-lui, n’ont pas attendu la Commune pour les manifester, on peut déjà les constater au temps de la Révolution, plus particulièrement en 1792. Cette année-là, indique-t-il, “longtemps en avance sur la loi autorisant ce mode de partage, paysans et ouvriers gennevillois, “sitoïens, sitoïennes” se répartissent en parts “égalles” en lots, les Biens communaux” . Et ils le défendront par la suite, ce bien commun, contre l’Empereur en 1815, contre le Roi en 1816, contre la République conservatrice, appuyés en ces deux derniers cas, à fond, par leur Conseil municipal et leur maire”.

A cette histoire du partage des Lots Communaux, H. Lecourtois consacre dans ce même livre cinq pages entières, où l’affaire est exposée en détail.

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Il écrit notamment (p58) :” Si la ville, en effet, peut, et à juste titre, être fière aujourd’hui d’un demi-siècle de luttes de sa classe ouvrière, le village, lui, peut bien revendiquer cet honneur, et tout le village, paysans et ouvriers unis, ouvriers aussi, oui, d’avoir mené en ce même lieu, le tout premier combat de la première avant-garde, et même, petite révolution en marge de la grande, deux siècles avant nos propres luttes

Et tout cela lui permet de conclure: “Les Gennevillois de 1792, 93, de 1848, de 1871, ont largement et glorieusement préparé le Gennevilliers d’aujourd’hui”.(p. 158).
















En prolongement de cet ensemble de documents et de cet avis proposés par Henri Lecourtois, on peut ajouter les deux éléments suivants:

1- Un autre avis sur l’attitude des Gennevillois, exprimé cette fois-ci par Jean Roque de Fillol, l’un des amnistiés participant à la réception dont le document cité plus haut nous informe. Quelques renseignements sur ce personnage, tels que Wikipedia nous les propose:

« Républicain, il s’oppose au coup d’Etat du 2décembre 1851. Maire de Puteaux en janvier 1871, il est accusé de soutenir la Commune de Paris et est condamné aux travaux forcés à perpétuité en Nouvelle-Calédonie en dépit du soutien de son conseil municipal. Rentré en France en 1879 au moment de l’amnistie, il est député de la Seine de 1881 à 1889, siégeant à l’extrême gauche, avec les radicaux intransigeants. »

Or, 10 ans après son retour de la déportation, Jean Roque publie un ouvrage « Histoire de la presqu’île de Gennevilliers et du mont Valérien ». Dans la dédicace, on peut lire « 

« J’ai l’honneur de dédier ce petit livre à mes concitoyens du département de la Seine et, en particulier, à ceux de la presqu’île de Gennevilliers, qui, les premiers, dès mon retour d’un long et amer exil, m’ont honoré de leurs sympathiques suffrages pour les représenter au Parlement français ».

On constate donc ici que quelques années après les événements, l’ancien communard, ou soupçonné tel, est tenu en grande estime par les habitants de la banlieue ouest.

Et c’est réciproque, en témoignent d’une part cette dédicace, et d’autre part les lignes par lesquelles se termine le chapitre consacré à la ville de Gennevilliers:

« Placée, nous l’avons dit, à l’extrémité de la presqu’île, isolée en quelque sorte au milieu des champs, qu’elle féconde de ses sueurs, et presque toujours courbée sur le sillon, elle n’a que de très rares occasions de prendre part aux grandes manifestations de l’opinion publique. Son culte est tout intérieur, ce qui ne veut point dire qu’elle soit indifférente aux intérêts de la patrie. Aux élections générale de 1885, elle a même donné des preuves de son attachement à la République en accordant, au scrutin de ballotage, la grande majorité de ses suffrages à la liste des candidats républicains. Cet accord du travailleur agricole avec l’ouvrier des villes réalise notre idéal politique. Saluons-le comme un heureux présage de la République, et réjouissons-nous en. »

2- Les chiffres des recensements de 1866 et de 1872 prouvent en tout cas, de manière indiscutable, le lourd tribut payé par les Gennevillois à la guerre de 1870-1871: deux cents individus en moins, alors que la population ne cessait de croître depuis 1841.

C’est ainsi qu’en 1886, le 27 mai, une pétition rédigée à l’initiative d’un groupe de jeunes gens de la localité émet l’idée qu’un monument à la mémoire des jeunes morts pour la défense de la  patrie soit élevé.

C’est ce que rapporte l’auteure d’un mémoire de Maîtrise intitulé « Evolution culturelle de la ville de Gennevilliers sous la troisième république », (1993, Melle CLARAY Nathalie). Le conseil communal fît droit à cette demande et il est joint, dans ce travail, des photos et illustrations de ce monument commémoratif .

 

Voir l’illustration ci-dessous et pour consulter les commentaires figurant dans le mémoire de maîtrise  cliquer ici